Elizabeth Penashue (1944-present)

Tshaukuesh « Elizabeth » Penashue est née le 15 mai 1944, près du lac Meshikamau, dans le Nitassinan, la patrie ancestrale des Innus du Labrador. Elle est venue au monde sous une toile de tente, dans le nutshimit, la terre qui allait façonner tout ce en quoi elle croyait et tout ce pour quoi elle se battrait. Ses parents l’ont élevée dans la tradition innu, lui apprenant à lire le territoire, à parcourir ses sentiers ancestraux, et à vivre en relation respectueuse avec les animaux, les eaux et les saisons qui faisaient vivre leur peuple. C’était une éducation qu’aucune salle de classe ne pouvait reproduire, et qu’elle consacrerait le reste de sa vie à préserver.

À la fin des années 1950 et au cours des années 1960, le gouvernement provincial faisait pression sur les familles innues pour qu’elles abandonnent leur mode de vie nomade et s’installent de façon permanente dans des communautés parrainées par l’État. Elizabeth a déménagé à Sheshatshiu avec sa famille, et a épousé Francis Penashue en 1963. Ensemble, ils ont élevé une grande famille, mais la transition a été douloureuse. Les nouvelles communautés ont engendré de nombreuses souffrances sociales, et le nutshimit demeurait l’endroit où Elizabeth croyait que son peuple était le plus lui-même, le plus entier, et le plus vivant.

Les menaces contre cette terre sont venues rapidement et sans pitié. La construction du barrage hydroélectrique de Churchill Falls en 1970 a inondé des milliers de kilomètres de Nitassinan, engloutissant des campements, des lieux de sépulture et des sites sacrés. Puis, en 1986, le gouvernement canadien a autorisé l’OTAN à effectuer des vols d’essai à basse altitude et des missions de bombardement depuis la base aérienne de Goose Bay, au-dessus de terres que le gouvernement qualifiait de désertes, mais que les Innus utilisaient depuis des générations. Les bangs soniques étaient soudains, assourdissants et terrifiants, particulièrement pour les enfants et les aînés campés dans le nutshimit. Elizabeth en avait assez vu. Elle s’est avancée.

En défiance des interdictions gouvernementales et de la résistance de la GRC, elle faisait partie des femmes innues qui ont dressé des tentes sur le champ de bombardement et le terrain d’aviation en signe de protestation. Elle a été arrêtée à plusieurs reprises. Chaque arrestation n’a fait que renforcer sa détermination. Elle a témoigné devant les tribunaux provinciaux à de nombreuses occasions, et a voyagé jusqu’à La Haye pour prendre la parole devant le Tribunal international des droits de la personne. Elle a contribué à la cause historique de 1989 qui a affirmé le droit des Innus de manifester sur leurs terres ancestrales. La lutte contre les vols à basse altitude a duré plus d’une décennie, et Elizabeth en était au cœur tout au long, agissant comme porte-parole, témoin et présence inébranlable.

Son militantisme ne s’est pas arrêté lorsque les vols ont cessé. Le développement continu du gisement de Voisey’s Bay, le projet hydroélectrique de Muskrat Falls et l’exploitation forestière industrielle sur les terres innues l’ont maintenue en première ligne de la défense environnementale et culturelle. Elle est demeurée une critique vocale et précoce de Muskrat Falls, alertant sur les dommages causés à l’eau, à la terre et aux générations à venir. Ses préoccupations n’avaient rien d’abstrait. Elles étaient ancrées dans la connaissance de quelqu’un qui avait bu à ces rivières et marché sur cette terre toute sa vie.

À partir de la fin des années 1990, Elizabeth a commencé à diriger des randonnées annuelles à travers les monts Mealy, ouvertes aux Innus comme aux non-Innus. En hiver, une expédition en raquettes de quelque deux cent quarante kilomètres. En été, une expédition en canot d’un mois le long de la rivière Churchill menacée. Ces parcours servaient trois objectifs : transmettre les savoirs traditionnels aux jeunes Innus, faire connaître la culture innue aux non-Innus, et protester contre les destructions causées par l’exploitation des ressources. Elle décrivait son but simplement et sans détour : les marches étaient pour le peuple, pour les enfants, pour les petits-enfants et les arrière-petits-enfants.

En 2006, l’Université Memorial de Terre-Neuve lui a décerné un doctorat honorifique en reconnaissance de ses décennies de militantisme. Fidèle à elle-même, elle l’a accepté non pas comme un honneur personnel, mais comme une reconnaissance offerte à la terre et aux animaux au nom desquels elle avait toujours pris la parole. En 2019, elle a publié Nitinikiau Innusi : I Keep the Land Alive, un livre tiré des journaux intimes qu’elle tenait depuis des décennies, traduit de l’innu-aimun. L’ouvrage a été finaliste au Prix Winterset BMO ArtsNL 2020, et demeure l’un des témoignages personnels les plus importants de la vie et de la résistance innues au Labrador. Elle a également reçu le Prix national d’excellence décerné aux Autochtones, parmi de nombreux autres honneurs.

Elizabeth Penashue vit aujourd’hui à Sheshatshiu, entourée de sa grande famille, emmenant encore ses petits-enfants et arrière-petits-enfants dans le nutshimit, enseignant toujours, parlant toujours. Sa vie est un témoignage vivant de ce que signifie refuser de se taire, refuser de laisser une culture s’effacer, et insister, de génération en génération, sur le fait que la terre mérite d’être protégée. Comme elle l’a dit elle-même : si elle s’arrête, qui enseignera aux enfants?

Posted on: juin 2, 2026

Last updated: juin 2, 2026

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