Marguerite de la Rocque (1515-1560s)
Marguerite de la Rocque est née en France au début des années 1500, dans une famille noble étroitement liée à Jean-François de la Rocque de Roberval, vice-roi de la Nouvelle-France. Ses dates exactes de naissance et de décès demeurent inconnues, et même son lien de parenté précis avec Roberval reste incertain — elle aurait pu être sa sœur, sa nièce, sa cousine, ou une cousine issue de germains. Ce que l’on sait, c’est qu’en 1542, elle prend la mer avec l’expédition de Roberval destinée à coloniser la Nouvelle-France, accompagnée de sa vieille servante, Damienne, et, en secret, d’un jeune prétendant qui s’était joint au voyage par amour pour elle.
La liaison ne peut rester cachée bien longtemps à bord d’un navire surpeuplé, et lorsque Roberval découvre l’affaire — et que Marguerite est enceinte — sa colère est sans bornes. Refusant de laisser impunie la conduite de sa parente, il ordonne que Marguerite et Damienne soient débarquées sur une île déserte et inexplorée du golfe du Saint-Laurent, connue sous le nom de l’Île des Démons, réputée hantée par des monstres et des créatures démoniaques. Son amoureux, refusant de l’abandonner, saute du navire en partance et nage jusqu’au rivage pour la rejoindre, emportant avec lui armes à feu et provisions.

Pendant le reste de cet été-là et jusqu’à l’automne, les trois naufragés construisent un abri de fortune, pêchent, chassent et cueillent baies et champignons, tout en repoussant chaque nuit les attaques de loups et d’ours, tandis que d’inquiétants cris démoniaques résonnent dans les bois. Marguerite et son prétendant se marient selon un rite qu’ils inventent eux-mêmes, Damienne servant de témoin, et Marguerite découvre qu’elle est enceinte. Mais avec l’arrivée de l’hiver, la nourriture et l’espoir se raréfient. En février 1543, affaibli par la faim et les conditions extrêmes, son mari meurt, et Marguerite et Damienne l’enterrent dans le sol gelé.
Peu après, Marguerite donne naissance à un fils, qu’elle porte sur son dos tout en continuant à chasser, à couper du bois et à défendre sa petite famille à l’aide d’une arquebuse et de l’épée de son défunt mari. Elle tue des ours et des caribous pour survivre, mais les épreuves s’accumulent : son nourrisson meurt avant la fin de l’année, et Damienne — épuisée par le chagrin et les privations — est plus tard retrouvée morte au pied d’une falaise. Marguerite se retrouve alors complètement seule, veillant sur les tombes de son mari, de son enfant et de sa servante, protégeant leur repos des animaux qui rôdent sur l’île chaque nuit, et elle racontera plus tard avoir combattu seule une meute de loups, armée de sa seule épée.
Marguerite survit seule tout au long d’un second hiver, se nourrissant de ce qu’elle parvient à chasser et à cueillir, avant qu’un navire de pêche français n’aperçoive la fumée de son feu de signalisation en 1544 — près de deux ans et demi après son abandon sur l’île. Les pêcheurs, stupéfaits de trouver une compatriote encore vivante sur cette île, la ramènent en France. Là-bas, son récit de survie et d’amour tragique devient aussitôt une sensation : la reine Marguerite de Navarre en inclut une version dans son célèbre recueil de nouvelles, l’Heptaméron (Nouvelle 67), et l’historien André Thevet en consigne un autre récit après l’avoir entendu directement de la bouche de Marguerite elle-même.
Malgré la renommée passagère de son histoire, le nom de Marguerite de la Rocque s’efface des livres d’histoire, éclipsé par ceux de Cartier, Champlain et Roberval. Elle demeure pourtant aujourd’hui dans les mémoires comme la première colonisatrice française du Canada — une femme qui a enduré l’exil, le deuil et des années d’isolement sur une île que l’on croyait maudite, et qui a survécu pour en raconter l’histoire.
Posted on: juillet 28, 2026
Last updated: juillet 28, 2026
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