Frances Cluett (1883-1969)
Frances « Fanny » Cluett naît le 25 juin 1883 à Belleoram, dans la baie Fortune, à Terre-Neuve, de Arthur M. Cluett et Matilda Grandy. Comme bien des femmes de sa génération, elle entreprend sa carrière comme institutrice dans sa communauté natale, menant une vie paisible ancrée dans la famille, la foi et le service à sa communauté. En 1916, à l’âge de 33 ans, sa vie prend toutefois un tournant extraordinaire lorsqu’elle répond à l’appel pour servir outre-mer pendant la Première Guerre mondiale.
Quittant Belleoram pour la première fois, Frances se rend à St. John’s afin de se joindre au détachement des auxiliaires volontaires (Voluntary Aid Detachment ou VAD) de la Brigade de l’Ambulance Saint-Jean, un corps de bénévoles civils chargé de fournir des soins médicaux essentiels dans les hôpitaux militaires. Après avoir terminé sa formation en Angleterre, elle est affectée au Corps expéditionnaire britannique et envoyée au 10<sup>e</sup> Hôpital général, à Rouen, en France. Elle y soigne des soldats blessés dans des conditions d’une extrême difficulté, étant quotidiennement témoin à la fois des ravages de la guerre et de l’extraordinaire résilience de ceux qui la subissent.

Tout au long de son service, Frances entretient une correspondance soutenue avec sa mère. Riches en descriptions des personnes qu’elle rencontre, des lieux qu’elle découvre et des réalités des soins infirmiers en temps de guerre, ses lettres constituent aujourd’hui l’un des témoignages les plus précieux de l’expérience vécue par une Terre-Neuvienne pendant la Première Guerre mondiale. Elle y raconte avec une grande franchise les horreurs auxquelles elle est confrontée, écrivant notamment : « Vous ne me croiriez pas, mère, si je vous racontais tout ce que j’ai vu et traversé. » Pourtant, au milieu de cette destruction, elle sait aussi reconnaître la beauté, s’émerveillant des fleurs qui poussent autour des tentes de l’hôpital ou encore des cultures qu’elle découvre au fil de ses déplacements. Sa compassion demeure inébranlable et, malgré les souffrances inimaginables dont elle est témoin, elle conclut simplement l’une de ses lettres : « Rien ne pourrait me convaincre d’abandonner. »
En 1918, Frances est transférée à Constantinople, où elle poursuit son travail auprès des soldats dans les mois qui suivent la fin du conflit. Pendant son séjour en France, elle soigne également des prisonniers de guerre allemands. L’un d’eux, un officier gravement blessé, profondément reconnaissant de la bienveillance dont elle a fait preuve à son égard, lui remet peu avant sa mort sa Croix de fer ainsi que son casque militaire en signe de gratitude. Après la guerre, Frances voyage à travers l’Europe avant de rentrer à Terre-Neuve en 1920.
De retour à Belleoram, Frances fréquente la Normal School de St. John’s avant de reprendre son métier d’institutrice à l’école primaire de l’Église d’Angleterre. Elle tient également un petit magasin général, joue de l’orgue à l’église, fonde la Guilde de Sainte-Perpétue et organise des pièces de théâtre communautaires à Noël et à Pâques. Forte de l’expérience acquise comme soignante pendant la guerre, elle devient une personne de confiance vers qui la communauté se tourne chaque fois que la maladie frappe. Pour plusieurs, elle est simplement « Teacher Fanny » ou encore « Nurse ».
Frances Cluett s’éteint en novembre 1969, à l’âge de 86 ans. On se souvient aujourd’hui d’elle non seulement pour son courage et son dévouement pendant la guerre, mais aussi pour l’héritage exceptionnel qu’elle a laissé. Ses lettres, ses photographies, ses peintures et ses journaux ont préservé le parcours d’une Terre-Neuvienne dont la compassion, la résilience et le sens aigu de l’observation ont transformé une correspondance personnelle en un témoignage historique d’une valeur inestimable. Grâce à ses écrits, les générations futures peuvent encore entrevoir les épreuves de la guerre, mais aussi la force remarquable des femmes qui les ont traversées.
Posted on: juillet 28, 2026
Last updated: juillet 28, 2026
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