Mary Ellen “Ella” Morris (1857-1936)

Mary Ellen « Ella » Morris est née en 1857 à Burin, sur la péninsule de Burin, à Terre-Neuve, fille d’Eliza Meehan et de Patrick Morris. Elle fait ses études au pensionnat du couvent des Ursulines, au Québec, une formation qui nourrit chez elle un esprit vif, un profond amour du savoir et une indépendance intellectuelle qui marqueront toute sa carrière. De retour à St. John’s, elle consacre sa vie aux livres, à la connaissance et à la vie intellectuelle de sa ville, à une époque où de telles aspirations chez une femme étaient rarement encouragées et difficilement acceptées.

Sa première prise de parole publique porte déjà sa marque : directe et engagée. En 1887, une lettre signée simplement « E.M. » est publiée dans la presse pour dénoncer le traitement réservé aux femmes à la bibliothèque de l’Athenaeum de St. John’s. L’identité de l’autrice n’a jamais été confirmée, mais ceux qui connaissaient l’esprit d’Ella et ses opinions sur la question n’avaient guère de doutes. Cette intervention reflétait parfaitement une femme qui admirait les réalisations féminines et refusait de se taire devant les injustices faites aux femmes.

En 1896, Ella est nommée bibliothécaire de l’Athenaeum. Lorsque le Grand Incendie ravage St. John’s, elle entreprend de rebâtir les services de bibliothèque à partir de zéro. Ses projets se distinguent par leur caractère pratique et visionnaire, notamment par la création d’une salle de lecture réservée aux femmes, qu’elle décrit comme particulièrement accueillante — une affirmation claire de son désir de rendre la bibliothèque accessible à toutes.

À la fermeture de l’Athenaeum, en 1898, Ella transfère sa collection à la bibliothèque législative du Colonial Building, où elle travaillera pendant les trente-six années suivantes. Elle habite l’appartement de fonction situé à l’intérieur même de l’édifice, faisant du Colonial Building non seulement son lieu de travail, mais aussi son foyer. Collègues et usagers la connaissent comme une bibliothécaire aussi courtoise qu’érudite, figure incontournable de la vie intellectuelle de St. John’s, dont la connaissance de l’histoire de Terre-Neuve et des affaires locales est sans égale.

À partir des années 1910, Ella met ce savoir au service du public en donnant des conférences et en écrivant sur l’histoire de Terre-Neuve, un domaine qu’elle explore avec une véritable passion de chercheuse. Elle soutient activement les femmes et les organisations qu’elles dirigent, prêtant son appui à des institutions aussi diverses que le couvent Presentation et la Women’s Patriotic Association. Elle est présente et engagée lorsque les femmes obtiennent le droit de vote et célèbre l’événement à sa manière : en interprétant avec enthousiasme The Banks of Newfoundland au piano, instrument qu’elle fait transporter jusqu’au parc Bannerman lors des célébrations de 1925.

Ce même piano, ainsi que presque tous ses biens, est détruit lorsque des émeutiers envahissent son appartement du Colonial Building pendant l’émeute de 1932. Ses papiers personnels, ses effets et des années d’archives accumulées disparaissent dans le chaos. Le coup est dur, mais Ella poursuit son travail. Il lui reste encore une mission à accomplir.

Sa plus grande ambition professionnelle est la création d’une véritable bibliothèque publique à Terre-Neuve, ouverte et accessible à tous. Sous la Commission de gouvernement, ce rêve devient enfin réalité. La bibliothèque commémorative Gosling ouvre ses portes à St. John’s en 1935, concrétisant un projet auquel Ella a consacré des décennies d’efforts. Trop malade pour assister à l’inauguration, elle est néanmoins honorée lors de la cérémonie. L’hommage qui lui est rendu résume ce que tous ceux qui la connaissaient savaient déjà : qu’au cours d’une vie entière vouée aux bibliothèques, elle avait accumulé un savoir exceptionnel sur Terre-Neuve et laissé une empreinte durable sur la vie intellectuelle de St. John’s.

Mary Ellen « Ella » Morris, que tous appelaient simplement l’incontournable Mademoiselle Morris, s’éteint le 19 avril 1936. Elle ne laisse derrière elle ni archives personnelles ni collection à son nom, seulement les bibliothèques qu’elle a contribué à bâtir, les lecteurs qu’elle a servis et une ville enrichie par son dévouement indéfectible à son histoire et à sa population.

Posted on: juin 18, 2026

Last updated: juin 18, 2026

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