Mary Pratt (1935-2018)
Mary Frances Pratt est née le 15 mars 1935 à Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Bien qu’elle soit née à l’extérieur de la province, elle a passé la majeure partie de sa vie à Terre-Neuve-et-Labrador, où elle a bâti l’une des carrières artistiques les plus marquantes de l’histoire canadienne. Reconnue pour ses peintures réalistes lumineuses et sa maîtrise incomparable du traitement de la lumière, Mary a su transformer des objets du quotidien et des scènes domestiques en œuvres d’une beauté saisissante, d’une grande complexité et d’une profonde résonance émotionnelle.
Mary a étudié les beaux-arts à l’Université Mount Allison, où elle s’est formée auprès d’artistes canadiens de renom, dont Alex Colville, Lawren P. Harris et Ted Pulford. Elle a obtenu son certificat en beaux-arts en 1956, puis son baccalauréat en beaux-arts en 1961. Entre-temps, elle avait épousé l’artiste terre-neuvien Christopher Pratt et s’était installée à Saint-Jean, avant de s’établir à Salmonier, dans la baie Sainte-Marie, où le couple a élevé sa famille.
Concilier la maternité, les responsabilités du foyer et l’ambition artistique n’avait rien de simple. Avec quatre enfants à élever, Mary peinait souvent à trouver du temps pour son art. Pourtant, ces expériences mêmes allaient devenir au cœur de sa vision artistique. À la fin des années 1960, elle a développé le style distinctif qui définirait toute sa carrière, intégrant la photographie à son processus créatif et faisant de la lumière son sujet de prédilection. Des tableaux comme The Bed (1968) et Supper Table (1969) ont marqué les débuts de son approche désormais célèbre.
Mary Pratt s’est imposée comme une figure incontournable grâce à ses peintures photoréalistes et vibrantes d’objets et de scènes familiers : pots de confiture, pommes, poissons, papier d’aluminium, sacs en papier brun, robes de mariée et tables de cuisine. Mais son œuvre n’était jamais qu’un simple reflet de la vie domestique. Elle se décrivait elle-même comme peignant ce qui la touchait émotionnellement, évoquant souvent la « sensualité » de la lumière et la tension cachée derrière les instants ordinaires. Ses toiles invitaient les spectateurs à reconsidérer le banal, révélant beauté, vulnérabilité, plaisir et, parfois, malaise dans les objets et les expériences de la vie de tous les jours.
Sa carrière a acquis une renommée nationale dans les années 1970, avec des expositions itinérantes à travers tout le Canada et une importante rétrospective organisée en 1981. Au fil des décennies suivantes, son œuvre a continué d’évoluer, prenant des tonalités émotionnelles plus sombres, façonnées par les changements personnels, le vieillissement et le deuil. Malgré les comparaisons fréquentes avec l’œuvre de son ex-mari, Mary s’est affirmée comme une voix artistique singulière et l’une des peintres les plus importantes du Canada.
La contribution de Mary a largement dépassé les murs de son atelier. Elle a siégé au Conseil des arts du Canada et au conseil d’administration de la Galerie d’art de Terre-Neuve-et-Labrador, et a joué un rôle déterminant dans la création de The Rooms, le grand centre culturel de Terre-Neuve-et-Labrador dédié à l’art, aux archives et à l’histoire.
Largement célébrée de son vivant, Mary a reçu de nombreuses distinctions, notamment la Compagne de l’Ordre du Canada en 1996, le Prix Molson du Conseil des arts du Canada en 1997, plusieurs doctorats honorifiques, ainsi qu’une intronisation au Temple de la renommée des arts de Terre-Neuve-et-Labrador. Ses œuvres figurent dans de grandes collections à travers le pays, dont le Musée des beaux-arts du Canada et la Galerie d’art provincial The Rooms.
Mary Pratt est décédée à Saint-Jean le 14 août 2018, à l’âge de 83 ans. Aujourd’hui, elle est rappelée non seulement comme l’une des artistes les plus acclamées du Canada, mais comme une femme qui a appris à son public à regarder le monde qui l’entoure avec une attention renouvelée. Par son traitement extraordinaire de la lumière, elle a démontré que même les instants les plus ordinaires peuvent receler une beauté profonde, une tension palpable et un sens véritable.
Posted on: juin 2, 2026
Last updated: juin 2, 2026
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